lundi, 26 juin 2017

Charente Libre 18-01-2013

Dessinateur en situation de handicap: «ça me bloque. Le dessin, c'est plus facile pour m'exprimer»

Les questions, des fois, c'est compliqué pour Charles Marcille. «ça me bloque. Le dessin, c'est plus facile pour m'exprimer»,confie le jeune homme qui a rejoint l'Atelier du Marquis il y a deux mois et demi. Loin des idées reçues auxquelles ses troubles autistiques pourraient le cantonner.

Charles Marcille, 22 ans, originaire d'Ille-et-Vilaine, est le premier adulte à avoir intégré l'Esat hors les murs Images-Arts graphiques (1) initié par Mireille Malot, la présidente de L'Hippocampe, en partenariat avec l'Adapei Charente et Magelis (lire encadré ci-contre). Un vrai travail rémunéré qui vient après des stages dans les services communication de la mairie et du conseil général.

«Je dessine depuis que je suis tout petit, j'ai appris tout seul, par hasard. Même si la BD c'est plus dur, il faut raconter une histoire», dit celui qui a gagné déjà deux prix Hippocampe, dont un Hippocampe d'Or en 2007. Sa bande dessinée en noir et blanc avait tapé dans l'oeil de Franck Margerin, le président du jury, qui remet chaque année des prix à des dessinateurs en situation de handicap lors du festival de la BD. «J'étais un peu timide pour lui parler», avoue Charles Marcille.

Il a fréquenté plusieurs IME en Bretagne. «Les autres élèves me demandaient tout le temps des dessins parce qu'on dit que j'ai un talent. Moi, j'en avais marre. Il fallait faire des Superman et des Batman, c'est pas trop mon truc.»

A l'atelier, il côtoie d'autres super-héros, les Jean-Luc Loyer, Mazan, Turf, Julien Maffre ou Isabelle Dethan. Mais à vrai dire, les noms lui parlent moins que les dessins. Ce jour-là, il lui reste à coloriser une planche pour la newsletter d'Alstom Grid, la troisième du genre. Sa plus grosse commande à côté d'une carte de voeux réalisée pour Artus Intérim à Angoulême. «J'aime bien les illustrations humoristiques», glisse le jeune dessinateur en agitant les mains. Comme ces valides entassés dans l'ascenseur qui se dépêchent d'appuyer sur le bouton avant l'arrivée de leur collègue en fauteuil. «Voiture, poubelle, personnages, je dessine les éléments séparément, après je les scanne et les calque sur l'ordinateur. On vient m'aider pour les trucs techniques.»

Il loge au Foyer des jeunes travailleurs et bénéficie d'un accompagnement particulier de Dominique Bréchoteau pour sa vie à l'atelier et de James Biscuit dans sa vie quotidienne. Deux bénévoles de L'Hippocampe qui le voient deux ou trois fois par semaine. Le premier tient un compte-rendu journalier. «ça a été difficile à mettre en place, avoue Dominique Bréchoteau. Contrairement à un Esat ouvrier classique de peintre ou de carreleur par exemple, on est dans un domaine, le dessin, où il existe mille façons de concevoir les choses.»

Du temps, plus de concentration, c'est surtout là qu'est la différence. «On n'a pas non plus la même capacité de socialisation, souligne Jean-Luc Loyer. ça demande un effort d'un côté comme de l'autre, mais on se retrouve tous dans une passion commune. Dans la pratique, il y a finalement peu de différences.» Le mot «handicap» peut faire peur, pas le coup de crayon. «Son travail m'a étonné, avoue Julien Maffre. Charles a un trait vif et énergique, une fois qu'il a démarré, il avance.» Et ça marche, même s'il faut plus de temps et d'encadrement.

(1) Etablissement et service d'aide par le travail.

Un projet de cinq places

Un Esat (Etablissement d'aide et de service par le travail) ouvert à tous les types de handicaps et spécialisé dans les images et arts graphiques. C'est la victoire très concrète et a priori inédite de Mireille Malot, la présidente de l'association L'Hippocampe qui récompense des dessinateurs en situation de handicap depuis treize ans lors du festival de la BD. Le partenariat avec l'Adapei et Magelis devrait aboutir à la création de cinq places.

Comme un Esat classique, l'Agence régionale de santé apporte un financement de 11.900 € par personne et par an. A charge pour L'Hippocampe de trouver des entreprises dont les besoins de communication correspondent à l'offre de travail. Dans le cas de Charles Marcille, un coup de main est donné par Pierre-Laurent Daurès, ancien condultant en management reconverti dans la BD. Un deuxième dessinateur, Frédéric Coulaud, rejoindra bientôt Charles Marcille au sein de l'Atelier du Marquis. Une troisième devrait rejoindre ensuite un studio d'animation angoumoisin. Tous repérés par le concours Hippocampe.

«On en est au démarrage, avoue Mireille Malot, qui ne veut pas crier victoire trop tôt. Pour que l'Esat fonctionne sur la durée, il devra être rentable et recevoir un certain nombre de commandes. Mais qui sait si certains ne trouveront pas de vrais emplois dans ce domaine ?»